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Le tissu comme point de départ : une conversation avec MAN-TLE

Behind the brand

Lancée en 2015 par Aida Kim et Larz Harry, la marque Man-Tle est née au Japon autour d’un point de départ simple : développer un tissu unique avec une usine locale. À partir de là, le projet a progressivement évolué vers une garde-robe complète, construite pièce par pièce, guidée par les matériaux, la construction et des relations durables avec des fabricants japonais spécialisés. 


Dans cette conversation, Aida et Larz reviennent sur les débuts de la marque, leur approche du développement de textiles originaux et la façon dont Man-Tle continue de se développer tout en restant fidèle au même processus : partir du tissu puis construire tout autour. 

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Qu’est-ce qui vous a réuni pour créer Man–Tle ? 

Larz : Nous vivions tous les deux au Japon quand nous avons lancé la marque. Tout a commencé avec un tissu. En 2015, avec l’une de nos usines partenaires, nous avons développé un textile original afin de créer des surchemises résistantes. La couleur était essentielle dès le départ. Des tons forts et directs. La première collection était très simple : trois couleurs, trois chemises, trois pantalons. Tout était basé sur un tissu ciré, un coton épais tissé sur d’anciens métiers à navette en bois des années 1960. 

Travailliez-vous déjà dans la mode avant MAN–TLE ? 

Larz : Oui, nous nous sommes rencontrés chez Comme des Garçons. J’étais basé à Londres chez Dover Street Market avant d’être transféré au Japon où j’avais un poste en marketing. 

Aida : J’ai grandi en Corée et étudié la photographie au Japon. J’ai d’abord travaillé pour Comme des Garçons puis ils m’ont transférée chez Dover Street Market en tant que digital merchandiser. 

Comment avez-vous découvert le savoir-faire japonais ? 

Larz : Nous avons toujours eu un intérêt pour les textiles de façon très organique. Nous avons commencé avec une usine qui nous a ensuite présentés à d’autres ateliers puis encore d’autres. 

Aida : Nous n’avions jamais eu l’intention de créer une marque « Made in Japan ». C’est arrivé très naturellement. Le tissu, les contacts, tout est arrivé parce que nous étions déjà là. Au Japon, le niveau de savoir-faire est très élevé. C’est une promesse de qualité. 

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Pouvez-vous expliquer le processus de développement de la marque ? 

Larz : Les premières saisons étaient très répétitives, c’est seulement à partir de la troisième collection que nous avons commencé à développer de nouveaux tissus. Notre approche n’a pas changé : trouver un matériau puis construire à partir de là. Parfois nous partons d’une forme existante et cherchons un nouveau matériau pour la faire évoluer. 

Aida : En termes de popularité, quand nous avons commencé nous avions un réseau de boutiques car nous travaillions tous les deux chez Dover Street Market. Nous avons présenté notre collection à Tokyo et c’est à partir de là que nous nous sommes fait connaitre. On est venus à Paris après le COVID, ensuite on a enchainé avec l’ouverture de notre boutique à Perth, en Australie en 2019, et c’est grâce à ce lui que nous avons appris à connaître notre clientèle et nous avons pu ensuite améliorer nos collections. 

D’où vient le nom MAN–TLE ? 

Larz : Il vient du manteau terrestre, la couche dense entre la croûte et le noyau. Nous travaillons beaucoup avec des textiles denses donc cela avait du sens. Il y a aussi « man » et « tool » dans le mot ce qui reflète notre approche du vêtement. 

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Pouvez-vous expliquer le processus de production d’une pièce, par exemple une doudoune ? 

Larz : La doudoune est une pièce clé pour nous. Elle est souvent réalisée en utilisant notre tissu ciré original et remplie de duvet d’oie venu de Hongrie. Le duvet est ensuite nettoyé au Japon sans agents de blanchiment. Contrairement au duvet standard, il garde sa couleur grise naturelle que nous avons choisi de révéler grâce à une doublure transparente. 

Aida : Nous ne pensons pas en termes de collections. Il n’y a pas de thème, pas de point de départ global. Nous travaillons pièce par pièce. Une pièce puis une autre puis une autre et cela devient finalement une collection. 

Nous avons beaucoup réfléchi à ce qui rend MAN–TLE unique. Nous ne pensons pas que cela doit être une seule chose. Cela peut être le tissu, une silhouette, le hardware ou la combinaison. C’est pourquoi nous concevons toujours nos pièces individuellement. 

Les casquettes sont également très populaires. Comment sont-elles apparues ? 

Larz : Au début c’était un moyen d’utiliser les chutes de tissu. Les casquettes sont vraiment apparues parce que nous avions une petite quantité de tissu restante à la fin de chaque saison. Nous cherchions un produit simple à réaliser avec ces matériaux. Puis nous avons commencé à expérimenter avec les composants et la construction sans nous attendre à ce que cela devienne un article si populaire. 

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Comment vous répartissez-vous le travail ? 

Aida : Les rôles ne sont pas très définis mais nous avons un peu trouvé nos positions. Les textiles et le design sont toujours faits ensemble, c’est très collaboratif et ça l’a toujours été. Je gère principalement la production et la communication avec les usines au Japon. 

Larz : Je me concentre davantage sur le wholesale et la communication mais nous avons évidemment d’autres personnes qui nous aident. Nous parlons directement avec tous les fournisseurs de textiles, les teintureries, toutes les entreprises, c’est un grand réseau. 

Quels ont été les principaux défis ? 

Larz : Au début il s’agissait d’expliquer ce que nous faisions et notre point de vue. Aujourd’hui les défis sont plutôt liés à la production et à la gestion de la structure. 

Les personnes travaillant dans les usines commencent à se fatiguer et à vieillir. La génération suivante n’est pas vraiment là. On le voit dans les filatures et les ateliers de couture. Les opportunités sont encore là, les clients sont encore là mais les personnes derrière les machines se font plus rares. Il n’y a pas de jeunes qui disent « je vais ouvrir une nouvelle usine ». Je me souviens avoir regardé le site d’une tannerie de cuir avec laquelle nous travaillons au Japon et soudain ils avaient lancé une campagne montrant tous les hommes qui y travaillent habillés en denim et cuir style rockabilly cheveux gominés marchant dans l’usine comme un groupe de rock. C’était leur manière de donner envie aux plus jeune de les rejoindre et de travailler à l’atelier. Parce qu’aujourd’hui c’est ce qui est le plus important pour ces usines. 

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Quel avenir pour MAN–TLE ? 

Aida : Nous ouvrons un magasin à Melbourne ce qui est une étape importante. Mais notre objectif reste le même : continuer à développer des textiles originaux. Aujourd’hui beaucoup de marques parlent de « tissu japonais ». Pour nous ce n’est plus suffisant. Ce qui compte c’est de comprendre chaque étape, maîtriser les processus et pousser le matériau plus loin. 

Larz : La partie que nous préférons est de passer du temps dans les filatures, développer de nouveaux tissus et découvrir de nouvelles choses. Chaque année nous louons une voiture et faisons le tour des filatures pendant quelques semaines, c’est probablement le meilleur moment de l’année pour moi. 

Aida : Cela peut sembler un peu cliché mais nous essayons d’être plus attentifs à ce que nous faisons parce que nous nous soucions de l’environnement. Nous avons éliminé beaucoup de tissus qui ne sont pas naturels. Les matériaux comme le nylon par exemple ne sont utilisés que lorsqu’il y a une vraie raison : quand la fonction l’exige réellement. Sinon nous ne l’utilisons pas juste pour le design. Pour nous l’essentiel est de créer des produits qui durent longtemps. Les formes sont assez intemporelles, les couleurs également de sorte que l’on ne ressent pas le besoin de les remplacer. C’est ainsi que nous concevons la durabilité : créer des pièces que les gens gardent et portent pendant des années.

En parallèle nous avons beaucoup changé dans notre façon de travailler : les tissus que nous développons, la manière dont les produits sont emballés et transportés. Développer davantage de tissus originaux fait également partie de ce processus car lorsque nous les fabriquons nous-mêmes nous savons exactement d’où vient chaque élément. Si vous achetez simplement un tissu vous n’avez souvent aucune idée d’où viennent les fibres, comment elles ont été teintes ou quelles machines ont été utilisées pour le tissage.  

Donc pas à pas nous essayons d’avancer dans cette direction. 

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