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Architecte du projet Centre Commercial Outdoor.


J’ai fondé mon agence il y a quelques années, notamment à l’occasion de la Villa Aram, une maison bioclimatique construite au Sénégal. Cette maison a été le point de départ de ma façon de faire l’architecture, en engageant une réflexion simultanée à toutes les échelles du projet, du territoire jusqu’au moindre détail. Pour moi, il ne s’agit pas de domaines séparés, ces deux approches doivent coexister, se nourrir l’une et l’autre. Depuis, j’applique cette même démarche à des projets de maisons, bureaux, appartements, et des projets tels que Centre Commercial Outdoor. Ce n’est pas ma première intervention dans un lieu ouvert au public, et ici, encore une fois, j’ai pu aller très loin dans la réflexion totale.
Qu’est-ce qui t’a attiré dans le projet de Centre Commercial Outdoor ?
C’est l’imaginaire autour de Veja et Centre Commercial qui m’a poussé à faire partie de cette aventure. Les premières discussions ont été importantes, notamment pour encore mieux comprendre leur philosophie, leurs engagements. Cela faisait écho à ce que j’essaie de développer dans mes projets : la réflexion sur les matériaux, l’usage et la durabilité.
Qu’est-ce qui t’a plu dans le local d’origine ?
L’espace était délabré, mais il avait un potentiel. Le plan en L était intéressant et la dalle entre le rez-de-chaussée et le sous-sol était en train de s’écrouler, il a donc été possible de recréer les circulations horizontales et verticales. Ce genre de lieu me stimule : on y révèle des éléments existants, on redonne vie. Il s’agissait ici de tout repenser avec une esthétique frugale et juste, tout en ayant en tête cet état d’esprit autour de la conservation et de la réparation. Ça a notamment été le cas sur le traitement de la devanture, qui était l’une des dernières de la rue encore avec toutes ses caractéristiques faubouriennes d’époque. Elle a été restaurée tout en y apportant une meilleure isolation thermique, biosourcée. Le local a aussi été assaini par l’application d’enduits à la chaux pour réguler l’humidité dans les murs.

Quel était le projet architectural initial ?
Dès nos premiers échanges, Sébastien Kopp (cofondateur de VEJA) m’a parlé des meubles que je dessine. J’ai toujours imaginé du mobilier en fonction de mes projets architecturaux. Ici, c’est devenu le point de départ de l’unité esthétique de la boutique. Il y a bien sûr eu l’étape structurelle et technique, puis cette deuxième étape d’objets intégrés et plus mobiles, construits et déclinés autour des mêmes principes formels. L’idée était de créer des éléments qui durent, bien exécutés, cohérents, de la chaise au portant. Aucun objet n’a été placé au hasard, tout a été dessiné pour cet espace.
Avec quels ateliers as-tu travaillé pour les meubles ?
Il y a eu plusieurs corps de métiers sur ce projet, les équipes en charge du local et de la devanture, et en parallèle celles en charge de l’aménagement intérieur : menuisiers, serruriers et tapissiers. Concernant les pièces de mobiliers c’est Atelier Variable qui a tout produit en région parisienne. Ce n’est pas la première fois que je travaille avec eux : ils comprennent parfaitement mes dessins et savent les réaliser. Ils ont très bien respecté le brief, en ne lissant pas trop les choses, en laissant vivre la matière.
Comment as-tu traduit l’esprit “outdoor” dans un espace parisien ?
C’est avant tout par le mariage des matières, l’inox et le bois, qui renvoient aux constructions démontables de Jean Prouvé, et au refuge de haute montagne de Charlotte Perriand. Ça se traduit également au plafond avec les trames de tirants, qui reprennent le langage des structures extérieures légères et qui supportent des bandes de toile en tissu de cerf-volant.

Quelles sont les influences de ce projet ?
Je suis très généralement très inspiré par l’Art Nouveau, notamment l’époque de transition où certains artisans ont commencé à se débarrasser des ornements pour créer des meubles plus accessibles. C’est aussi par la vision d’Art Total, où l’on fabrique tout à toutes les échelles. Cette boutique y répond bien. Rien n’est laissé au hasard. La technique, le détail, le travail avec les artisans, les pièces fabriquées une à une. Il y a même des clins d’œil dans les chaises, qui rappellent dans le piétement certains dessins de Gauthier-Poinsignon. Mais ce sont surtout des affinités dans la façon de concevoir, plus que dans une esthétique revendiquée.
Pourquoi travailles-tu autant avec le bois ?
C’est un matériau que j’adore. Il a cette capacité à évoluer, à être teinté, huilé, révélé, transformé. Je travaille beaucoup avec le contreplaqué. Ça me vient de ma passion pour Jean Prouvé, que j’ai découvert très jeune. Quand j’ai appris qu’il avait utilisé des planches de contreplaqué issues de silos à grain pour construire le toit de sa maison, ça m’a marqué. C’est un matériau de construction que j’aime détourner dans l’usage.
Qu’est-ce que tu veux que les gens ressentent en entrant ?
Qu’il y ait une unité, une cohérence entre tous les éléments. Le rez-de-chaussée est initialement scindé en trois zones distinctes, mais tout a été fait pour qu’il reste lisible comme un seul lieu, notamment grâce à la structure au plafond qui paraît infinie par un jeu de miroirs placés au fond de la boutique.
Qu’est-ce qui distingue ce projet des autres ?
La vitesse. On s’est donné deux mois et demi pour le chantier. C’était un vrai défi : tenir un timing très serré, avec un haut niveau d’exigence. On a pu le faire car le projet le permettait et beaucoup d’éléments ont été fabriqués en atelier.

