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“C’est un équilibre entre utilité et poésie.”
Marc et Laurent, les fondateurs d’Arpenteur, nous ont ouvert les portes de leur atelier lyonnais : un lieu à leur image : précis, discret et profondément ancré dans une vision personnelle du vêtement. Entre poésie du quotidien et exigence technique, leur marque incarne une élégance fonctionnelle, façonnée par le temps, l’amitié et un savoir-faire local.

Comment est née la marque Arpenteur et quelle était votre ambition au départ ?
Marc : Avec Laurent, on s’est rencontrés vers nos 20 ans. On a découvert qu’on avait des liens familiaux et aussi beaucoup de centres d’intérêt communs. On partageait une culture, des goûts similaires, notamment pour les vêtements. C’est ainsi qu’on a commencé à réfléchir à un projet commun. En 2011, on s’est lancés.
Laurent : Oui, on avait cette volonté d’apporter quelque chose de nouveau. Il y avait des vêtements qu’on rêvait de porter mais qu’on ne trouvait pas dans le commerce. Cette envie est devenue si forte qu’on a décidé de créer notre propre marque, en s’appuyant sur notre imaginaire commun et notre culture partagée.
Marc : On écoutait la même musique, on regardait les mêmes films…
Laurent : …et on aimait les mêmes vêtements. C’était une passion commune.
Marc : On voulait travailler ensemble, mais comme faire un film était compliqué et qu’on n’était pas musiciens, on a choisi les vêtements : un peu par défaut, mais surtout par passion.
Créer une marque de vêtements, c’était une évidence pour vous ?
Marc : J’ai toujours aimé les vêtements. C’était souvent une porte d’entrée vers d’autres passions.
Laurent : Moi aussi. Mais c’est devenu concret après notre rencontre. Créer nos propres vêtements, c’était une perspective complètement différente. On partait presque de zéro, avec l’envie de tout maîtriser. Même si on découvre vite que ce n’est pas si simple, cette idée de créer quelque chose de cohérent, qui raconte notre histoire commune, nous a tout de suite passionnés.

Pourquoi avoir choisi le nom “Arpenteur” ?
Marc : Il n’y a pas de sens trop littéral. On aimait l’idée d’exploration que le mot évoque. Arpenteur, c’est aussi répondre à des besoins concrets, et c’est ce qu’on essaie de faire à travers nos vêtements.
En quelques mots, comment décririez-vous aujourd’hui votre marque ?
Marc : Le point de départ, c’est toujours ce qu’on a envie de porter. On pense les vêtements en termes de besoins du quotidien, mais on essaie de le faire avec une certaine poésie. On veut éviter l’anecdotique ou l’excentrique, rester proches de la fonction, tout en apportant une touche sensible. C’est un équilibre entre utilité et poésie.
En termes de production et de savoir-faire, comment travaillez-vous ? Pouvez-vous nous expliquer tout votre processus de création ?
Marc : Oui, au départ, notre démarche était très nourrie par l’exploration de l’industrie textile, la manière dont on fabrique un vêtement. Aujourd’hui, avec l’expérience, on arrive à dessiner un vêtement en imaginant déjà comment il sera construit. Les dessins sont plus précis, mais restent ouverts. Ensuite, on affine le produit en fonction de ce qui est techniquement faisable. C’est une étape très collaborative : Laurent, moi, Eliott, qui est très impliqué, et l’équipe de l’atelier participons tous à ce dialogue entre technique et création. L’avantage d’avoir notre propre atelier, c’est que ce dialogue est rapide. On peut tester les choses immédiatement, ce qui nous permet de définir les vêtements plus facilement.
Vous travaillez aussi avec des ateliers extérieurs. Comment se passe cette collaboration ?
Laurent : On connaît très bien nos ateliers partenaires. Certains travaillent avec nous depuis notre toute première saison. On s’y est beaucoup rendus pendant 15 ans. Aujourd’hui, on y va un peu moins souvent, car le dialogue est fluide. Dès la conception d’un vêtement, on sait dans quel atelier il pourra être fabriqué selon sa typologie : veste, pantalon, pièce habillée ou casual, maille, etc. Ils savent aussi exactement le niveau de finition qu’on attend. Et si on travaille avec eux depuis si longtemps, c’est qu’il y a une vraie confiance. La production n’est jamais simple, mais ça se passe bien parce qu’on se connaît.
Marc : Et ils ne sont pas très loin. Beaucoup sont autour de Roanne, à une heure de route d’ici, en Saône-et-Loire. D’autres sont dans l’Ouest. On y va un peu moins, mais le fait de parler la même langue et d’être sur le même fuseau horaire facilite énormément les choses.

Cette proximité change-t-elle quelque chose dans la création ?
Marc : Oui, à toutes les étapes. La présence de notre atelier en interne nous permet de travailler énormément de nuances dès la création. Et la fabrication française, dans le prolongement de ça, nous permet d’atteindre un niveau de sophistication qu’on n’aurait pas si on envoyait simplement des fiches techniques à l’étranger. Grâce à cette proximité, on obtient un maximum de nuances dans nos vêtements.
Est-ce qu’il y a des défis à travailler uniquement avec des ateliers français ?
Laurent : C’est difficile à dire, car on n’a jamais travaillé avec des ateliers à l’étranger.
Marc : On a même l’impression que ce serait plus compliqué de le faire.
Laurent : La production, ce n’est jamais simple. Il peut y avoir des problèmes d’approvisionnement en matières ou en accessoires. Mais on est en dialogue permanent avec nos ateliers. Le vrai défi, c’est d’être malin dans la conception pour que le prix de fabrication reste correct et que nos vêtements puissent être commercialisés à un prix acceptable. Mais j’imagine que ces enjeux existent partout, quel que soit le lieu de production.
Dans le design de vos vêtements, quelles sont vos principales influences et inspirations ? Vous parliez au début d’une culture commune. Quelle était-elle ?
Marc : Je ne pense pas qu’on ait des références culturelles précises. Quand on dessine un vêtement, on ne se dit pas : « Tiens, je vais faire une veste comme tel personnage dans tel film. » C’est plus abstrait. C’est souvent basé sur l’expérience : des vêtements qu’on a aimés porter, des centres d’intérêt qu’on avait plus jeunes et auxquels on revient. Ça peut venir du sport, de la musique, de la manière dont s’habillaient certains artistes qu’on aimait, ou du look d’une époque liée à une pratique ou un univers culturel. Ce n’est jamais trop littéral, mais ça nourrit notre imaginaire. Ensuite, on essaie de traduire ces images en vêtements concrets : une veste, un pantalon… C’est un processus un peu abstrait, mais très personnel.


Comment la marque a-t-elle évolué depuis ses débuts, il y a plus de 10 ans ?
Laurent : Elle a évolué en même temps que nous. On avait environ 25 ans quand on a lancé Arpenteur, aujourd’hui on en a 40. Nos envies vestimentaires ont changé, et ça se reflète dans les collections. Ce n’est jamais brutal, c’est progressif. Mais notre manière de vouloir nous habiller influence directement l’orientation de chaque saison. C’est une forme de mûrissement. On se dit que d’autres personnes vivent cette même évolution, et on a envie de les accompagner dans cette démarche.
L’avenir d’Arpenteur, comment l’imaginez-vous ?
Laurent : On a encore énormément d’idées. Même après presque 15 ans, on a l’impression d’être encore au début. On commence à intégrer des articles en cuir dans la collection, ce qui ouvre un nouveau champ. On travaille aussi avec un nouvel atelier pour la maille sur l’hiver 2025, avec un savoir-faire très développé.
Il y a plein de matières qu’on n’a pas encore explorées et qu’on aimerait intégrer. Et ce n’est pas seulement sur le produit : on a aussi des projets sur le retail, le marketing, le print… On travaille même sur un deuxième modèle de lunettes de soleil. Bref, beaucoup de perspectives !
Marc : On voit notre parcours comme un cheminement continu. On ne peut pas juger nous-mêmes de la qualité de notre marque, mais on sait qu’on fait les choses de manière très personnelle et honnête. On veut continuer dans cette direction, avec plus de moyens et d’expérience pour aller plus loin dans notre vision.
Enfin, si vous deviez dire un mot sur Centre Commercial, que diriez-vous ?
Marc : C’est simple : Centre Commercial nous a fait confiance il y a une dizaine d’années. C’est une enseigne qui nous a énormément soutenus, encouragés, qui nous a permis de nous faire connaître. On en est très reconnaissants, et on espère pouvoir proposer des choses ensemble à nouveau, peut-être dans un futur proche.

VEJA
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